Fils de BD, plombier de passage, batteur volant, il a inventé le spectacle-minute parce qu'il s'endormait au théâtre.

Il a les yeux gris du rêveur et les cheveux hirsutes d'un type qui a toujours l'air de s'éveiller. Normal. Quand Charlie Degotte s'élance dans l'élaboration d'un nouveau spectacle, il a une technique bien à lui: il fait la sieste. Je ne dors pas complètement, précise l'artiste bruxellois. A demi éveillé, je laisse surgir les idées comiques. Si une de ces idées me fait rire au moins trois fois de suite, je la garde, sinon je l'oublie. Joyeux iconoclaste, impertinent trublion des planches, le metteur en scène n'a qu'une recette pour parler du monde : le rire. J'ai toujours eu envie de travailler le théâtre à base d'humour, avouait-il déjà en 1991. Mais le rire demande un travail d'exactitude terrible. Les effets comiques sont longs et ingrats à mettre au point. La première fois, tu ris. La deuxième, un peu moins. Après, cela devient du travail.

Bosser pour nous faire rire et réfléchir, tel est le credo de Degotte. Je n'ai jamais voulu dire quoi que ce soit», rassure-t-il. Je ne prétends pas avoir les capacités intellectuelles pour tenir un puissant propos social et politique: je ne suis pas Bertolt Brecht. On se pose des questions quand on voit une situation, mais on s'en pose déjà moins quand elle est drôle. On parle autant du monde en n'en racontant rien ! Le bougre sait de qui il tient sa foi dans le rire. C'est l'atavisme, c'est l'éducation», argue-t-il. Je n'ai vu les gens se débattre dans la vie que par ce moyen-là. Son papa, Charles Degotte, avait érigé l'humour salutaire en profession : il était le dessinateur du «Flagada» et des «Motards». Décédé en 1993, cet auteur de BD, pilier du magazine «Spirou» a offert une sacrée famille à Charlie. Fils d'humoriste, je reste un simple humoriste de théâtre, indique le fiston.

Le bain de bulles où naquit Charlie, le 29 décembre 1962, décidera de sa vie. Le scénario a pourtant commencé loin des planches : Charlie Degotte s'est d'abord décidé à être plombier. S'il ne l'exercera pas très longtemps, ce métier lui laissera une redoutable passion pour le bricolage, les collages et les assemblages en tout genre un art qu'il cultivera sur scène, notamment en bricolant pendant quinze ans les «Revues» où l'humour agit comme un siphon. De la tuyauterie, il retiendra aussi un nom : Idéal Standard, lu sur les chasses d'eau et la robinetterie. Ce sera le nom de son premier groupe de rock. Ma turbulente adolescence s'est calmée au contact d'un instrument qui est la batterie, raconte-t-il.

Laurent Ancion

 

Charlie Degotte: : 32 (0)2 479 56 29 - 59 Av Van Volxem 1190 Forest. ( Belgique )